Manuel d’Épictète – Compte-rendu de l’atelier

Cet atelier sur le Manuel d’Épictète s’est tenu le 8 septembre 2020, dans le cadre de la série sur la philosophie antique et médiévale.

Édition de référence : Épictète, Manuel, traduction d’André Dacier (1715), I à XXVI, XXXIX, XLIII, LII, reprise par Gérard Chomienne dans le recueil Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004. Voir aussi Marc Aurèle, Pensées pour moi-même suivies du Manuel d’Épictète, traduction Mario Meunier, Paris, Flammarion, collection GF, 1964-1992.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé complet, ni d’un commentaire du texte.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Comment mener sa vie en stoïcien ?

Ce qui dépend de nous, ce qui n’en dépend pas

  • Ce qui dépend de nous, ce sont nos pensées, nos opinions. Le reste ne dépend pas de nous (I, 1).
  • Nous ne pouvons jamais être forcé à quoi que ce soit concernant ce qui dépend de nous (I, 3).
  • Au contraire, pour tous le reste, nous pouvons rencontrer des obstacles, causes de trouble (I, 3).
  • C’est pourquoi il faut concentrer nos efforts (I, 4) et ne désirer que ce qui dépend de nous (XIV).
  • Il nous faut donc nous désintéresser de ce qui n’est pas en notre pouvoir (I, 5) et ne pas développer d’aversion dans ce domaine (II). En effet, ce qui cause le trouble, ce ne sont pas les choses ou les événements, mais l’opinion que nous en avons (V).
  • Comme l’acteur de théâtre, nous ne choisissons pas le rôle que nous jouons dans la vie, mais il est de notre ressort de bien jouer ce rôle (XVII).

Se protéger des déceptions : la recette du Manuel

  • Pour nous protéger contre le trouble causé par la perte d’un bien ou d’une personne chère, il faut nous y préparer en nous rappelant que sa présence n’est pas éternelle. Sa perte est prévisible et ne doit donc pas être cause de trouble (III, XI). Voir aussi XXVI.
  • Lorsque nous envisageons une action, il faut nous la représenter en détail, y compris dans ses aspects désagréables, pour choisir en pleine conscience et ne pas être déçus à la réalisation. Il faut aussi nous souvenir du fait que l’action en question n’est jamais la totalité de ce que nous voulons : être « libre et indépendant » est notre aspiration principale. Cette aspiration ne doit pas être affectée par la réalisation ou non de telle ou telle action (IV).
  • Nous ne devons pas nous glorifier de nos possessions extérieures (VI). Il nous faut également mépriser l’opinion des autres nous concernant, qu’elle soit positive (XIII), ou négative. En effet, injures et outrages ne blessent que par l’opinion que nous avons d’eux (XX). Voir aussi XXII et XXIII.
  • Nous pouvons accepter les avantages extérieurs, mais il nous faut être prêts à tout laisser en un instant (VII). Nous ne devons pas chercher à les obtenir ou à les conserver (XV, XXIV, XXV). Mieux est encore de les mépriser même lorsqu’ils sont là (XV). Et au moins de ne pas dépasser la mesure (XXXIX).
  • « Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu veux. Mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux » (VIII, traduction Mario Meunier). Voir aussi XLIII.

Développer ses vertus, gérer ses désirs et mener sa vie selon Épictète

  • Chaque événement ou accident est l’occasion de l’exercice d’une vertu, qu’il faut rechercher (X). Cette pratique, mentale, est indispensable : la théorie seule est inutile (LII).
  • Rien n’est plus urgent que de se consacrer à la sagesse. Tant pis si cela mène à la ruine par négligence du reste (XII, XIII).
  • Il ne faut pas croire que ceux qui réussissent socialement sont heureux : le bonheur dépend de la liberté, qui elle-même est le fruit du mépris des choses extérieures (XIX).
  • Nous devons parfois compatir aux malheurs d’autrui. Il faut alors bien distinguer qu’il n’est affligé que par ses opinions, et nous garder de nous affliger véritablement nous-même (XVI).

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur le Manuel d’Epictète aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 22 septembre à 21h, sera l’occasion d’approfondir notre connaissance du stoïcisme avec les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Vous pouvez dès à présent vous y inscrire, ou me contacter si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

Enjeux Philosophiques de la Science – Série de Conférences en ligne

Le rapport de la science à la vérité peut être source de confusion : à quel point la science dit-elle vrai ?

Cette ambiguïté est parfois utilisée pour semer le trouble, dans un but de manipulation. C’est pourquoi les enjeux philosophiques liés à la science sont importants, particulièrement en démocratie. Et ils se font sentir avec insistance aujourd’hui, par exemple à travers la question des fake news.

Qu’est-ce que la science ? Quelle foi accorder aux théories scientifiques ?

Je vous propose donc d’examiner ensemble ces enjeux sous deux angles complémentaires. D’abord, qu’est-ce que la science ? Qu’appelle-t-on couramment science, quelles sont les ambiguïtés associées ? Cela nous conduira à nous accorder sur une définition, toujours provisoire, pour pouvoir avancer.

Sur la base de cet éclaircissement, nous nous interrogerons sur la foi qu’il convient d’accorder aux théories scientifiques. Qu’est-ce qui justifie que nous y croyions ? Et quelles sont les limites de leur pouvoir ?

Deux auteurs de référence : Karl Popper et John Dewey

Pour nous guider dans cette enquête, nous nous appuierons principalement sur deux auteurs : Karl Popper et John Dewey. Tous deux ont écrit au vingtième siècle. Tous deux ont pensé la science dans son rapport avec la société et la démocratie.

Karl Popper a proposé un critère pour déterminer si une théorie peut être dite scientifique (la falsifiabilité) dans La Logique de la découverte scientifique. Nous prendrons le temps de bien comprendre ce critère et ce qu’il implique.

John Dewey s’est intéressé aux questions d’éducation. Il a ainsi été conduit à se pencher sur les enjeux sociétaux que pose la science. Il a particulièrement approfondi la question de la certitude dans La Quête de Certitude.

Des conférences exigeantes, mais accessibles à tous

Lors de ces conférences, nous entrerons dans le détail de l’analyse de concept, ce qui implique un certain investissement si vous souhaitez suivre l’ensemble des développements.

Elles resteront cependant accessibles à tous, car elles seront largement interactives. Vous pourrez donc poser vos questions et demander les éclaircissements nécessaires.

Programme des conférences sur les enjeux philosophiques de la science

Je vous propose d’articuler notre exploration en sept séances, un mardi sur deux, de 21h à 22h30. Chaque séance débutera par un exposé de 45 minutes à une heure, suivi d’un échange général.

Voici le programme que je vous propose (les dates, heures et thématiques pourront évoluer, en fonction notamment de notre progression et d’éventuels événements imprévus) :

  • 15 septembre 2020 : Introduction – La science, vérité ou hypothèse ?
  • 29 septembre 2020 : Popper et la falsifiabilité
  • 13 octobre 2020 : Dewey et l’incertitude
  • 27 octobre 2020 : Falsifiabilité et incertitude, deux approches incompatibles ?
  • 10 novembre 2020 : Mise à l’épreuve des deux approches avec un exemple d’expérience, les fentes de Young
  • 24 novembre 2020 : Une proposition de solution, entre doute et fiabilité
  • 8 décembre 2020 : Conclusion – Qu’est-ce que la science nous dit du réel ?

Le tarif est de 9€ par séance, ou 40€ pour l’ensemble des sept séances. Voir conditions.

Vous inscrire / Me contacter

Pour vous inscrire, il vous suffit de remplir le formulaire d’inscription.

Je suis également à votre disposition pour échanger au sujet de ces conférences, ou pour toute question. Vous pouvez me contacter par téléphone au 07 81 73 33 82, ou via le formulaire de contact.

Ensemble de quatre images montrant la formation progressive d'une figure d'interférence
Résultat d’une expérience du Dr. Tonomura sur les fentes de Young avec des électrons. Nous en discuterons lors de la cinquième séance, le 10 novembre 2020. Image de Dr. Tonomura et Belsazar. Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

Ouvrages de référence

  • John Dewey, The Quest for Certainty [1929], dans The Later Works, 1925-1953, volume 4 : 1929, éd. Ann Boydston, introduction de Simon Toulmin, Carbondale, Southern Illinois University Press, 1984-2008.
    Traduction française : La Quête de certitude, trad. Patrick Savidan, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de philosophie, 2014.
  • Karl Popper, The Logic of Scientific Discovery, Londres, Routledge, 1959, 1992-2002 (première publication en allemand sous le titre Logik der Forschung en 1935).
    Traduction française : La Logique de la découverte scientifique [1973], trad. Nicole Thyssen-Rutten et Philippe Devaux, préface de Jacques Monod, Paris, Payot, coll. Bibliothèque Scientifique Payot, 2007.

Remerciements

Le parcours que je vous propose est très largement issu de mon mémoire de première année de Master. Je tiens donc à remercier tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à ce travail, et en particulier mon directeur de mémoire Élie During.

Vous pouvez vous inscrire à cette série de conférences sur les enjeux philosophiques de la science en m’envoyant un message via le formulaire de contact.

Et pour être informé/e des futurs événements et conférences, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

Lettres à Lucilius de Sénèque – Compte-rendu de l’atelier

Cet atelier sur la 47ème des Lettres à Lucilius de Sénèque s’est tenu le 21 juillet 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Sénèque, Entretiens, Lettres à Lucilius, édition établie par Paul Veyne, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2003, lettre 47 ; reprise par Gérard Chomienne dans le recueil Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé ni d’un commentaire complet du texte.

Dans le cadre de leur correspondance philosophique, le stoïcien Sénèque écrit à son disciple Lucilius sur la manière dont il convient de se comporter vis-à-vis de ses esclaves.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Comment devons-nous nous comporter vis-à-vis de celles et ceux qui sont à notre service ?

Nous n’avons donc pas procédé à une critique de l’esclavage en tant que tel : suivant l’approche stoïcienne, qui est celle de Sénèque, nous avons pris l’esclavage comme un donné du contexte social. Un travail critique, sur le fond, pourra être l’occasion d’un prochain atelier.

Les esclaves sont des humains, et les hommes libres ne sont pas très différents d’eux

  • Selon Sénèque, nous sommes tous des esclaves, de la Fortune d’une part (puisque le destin détermine notre sort, selon la philosophie stoïcienne ; §1) et de nos vices d’autre part (débauche, avarice, ambition, espérance, peur, amour ; §17).
  • Il n’y a par ailleurs pas de différence biologique entre esclaves et hommes libres (§10).
  • De plus, tout homme libre peut devenir esclave, à l’occasion d’une guerre par exemple, et tout esclave peut être affranchi (§10).
  • Enfin, les esclaves rendent des services nombreux (cuisine, service à table, ménage, intendance, agrément, services sexuels ; §5-8) et méritent pour cela considération.

Nous devons donc nous comporter vis-à-vis d’eux en les considérant en tant qu’humains

  • Il nous faut agir avec eux comme nous voudrions que notre maître agisse avec nous si nous devenions des esclaves (§11).
  • Nous pouvons notamment manger avec eux (§2), et devenir amis avec certains d’entre eux, si leur moralité fait qu’ils le méritent, suivant le même critère que pour toute amitié (§16).
  • Plus globalement, mieux vaut se faire honorer que craindre (§15), et ne châtier qu’en paroles, sans colère ni violence physique (§20).

L’attitude vis-à-vis des esclaves est conventionnelle, tout comme le statut d’esclave lui-même

  • Le fait de conserver une distance importante vis-à-vis de ses esclaves est une « mode » (§2) ; « jadis » (§4) les maîtres montraient une plus grande proximité.
  • Sénèque juge que l’attitude pratiquée à son époque est aberrante, puisqu’elle a par exemple pour conséquence le fait que le maître mange trop, et les esclaves pas assez (§2-3). Surtout, elle conduit les esclaves à devenir des ennemis du maître plutôt que ses soutiens, en raison de la rancœur générée par la distance et la violence (§4-5, voir aussi §9).
  • Le fait d’être esclave ou non est lui-même conventionnel, ou au moins le fruit de la Fortune. En effet, dans le cadre du déterminisme stoïcien, le fait d’être esclave ou non n’est pas en notre pouvoir, c’est un élément fixé par le Destin. Ce statut n’est donc pas le fruit du mérite individuel, il ne dit rien de la qualité d’âme de l’individu concerné. Il ne doit donc pas intervenir dans le jugement que l’on porte sur ledit individu (§15-16).

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur la Lettre à Lucilius 47 de Sénèque aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Nous reprendrons notre exploration de l’histoire de la philosophie mardi 8 septembre, avec une nouvelle série d’ateliers. La première séance nous permettra d’approfondir notre connaissance de la philosophie stoïcienne avec le Manuel d’Épictète. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

Série d’ateliers en ligne sur la philosophie antique et médiévale

Augustin d’Hippone,
fresque de Sandro Botticelli

Suite à la première série d’ateliers d’histoire de la philosophie, qui nous a fait découvrir la philosophie des premiers siècles, de Socrate à Sénèque, je vous propose de poursuivre le parcours. Nous nous intéresserons cette fois à la fin de l’Antiquité et à la philosophie médiévale, du deuxième au quatorzième siècle.

Chaque atelier peut être suivi indépendamment, vous pouvez donc y participer même si vous n’avez pas assisté aux précédents. Je pourrai faire référence à des philosophes évoqués lors d’autres séances, mais leur connaissance ne sera jamais indispensable. Chaque atelier est véritablement centré sur un auteur, une œuvre.

Échanger et comprendre la philosophie antique et médiévale

Ces ateliers seront autant de moments d’échange autour de textes de philosophes de référence de l’Antiquité et du Moyen-Âge. À chaque fois, je vous présenterai les enjeux principaux d’un texte, ainsi que son contexte, en 20 à 30 minutes. Nous entamerons ensuite une discussion générale.

La sélection de textes et d’auteurs est basée sur le manuel de Gérard Chomienne, Lire les philosophes (Hachette Éducation, 2004). La plupart des textes sont disponibles librement, mais je vous recommande ce livre pour les retrouver tous dans de bonnes traductions et un format pratique.

Programme de cette série d’ateliers philo

Les ateliers auront lieu en ligne, un mardi sur deux, de 21h à 22h30. Le programme de cette série d’ateliers de philosophie antique et médiévale est le suivant (les dates, heures et thématiques pourront évoluer, notamment en cas d’événements imprévus) :

  • 8 septembre 2020 : Épictète, Manuel – comment conduire sa vie en stoïcien
  • 22 septembre 2020 : Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – comment nous protéger des évènements extérieurs
  • 6 octobre 2020 : Plotin, Traité du Beau – le beau en soi, la beauté elle-même, vue par un néoplatonicien
  • 20 octobre 2020 : Augustin d’Hippone, Les Confessions, livre XI – le temps, passé, présent, futur
  • 3 novembre 2020 : Anselme de Cantorbéry, Proslogion, chapitres II à V – sur l’existence de Dieu
  • 17 novembre 2020 : Averroès (Ibn Rushd), Dévoilement des méthodes de démonstration des dogmes de la religion musulmane – causalité, liberté et pouvoir de Dieu
  • 1er décembre 2020 : Thomas d’Aquin, Somme théologique, question 66, Le Vol – sur le caractère condamnable ou non du vol, selon les circonstances
  • 15 décembre 2020 : Guillaume d’Ockham, Court traité du pouvoir tyrannique – sur la séparation entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, et les limites à fixer au pouvoir pour qu’il ne soit pas tyrannique

Nous entrerons ensuite, à partir de mi-janvier, dans la philosophie moderne, avec pour commencer Machiavel et Montaigne.

Le tarif est de 12€ par séance, ou 60€ pour l’ensemble des huit séances. Voir conditions.

Vous inscrire / Me contacter

Pour vous inscrire, il suffit de remplir le formulaire d’inscription.

Je suis également à votre disposition si vous souhaitez discuter de l’opportunité pour vous de suivre ces ateliers de philosophie antique et médiévale, ou pour toute question. Vous pouvez me contacter par téléphone au 07 81 73 33 82, ou via le formulaire de contact.

Et pour être informé/e des futurs événements et ateliers, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

De la Divination de Cicéron – Compte-rendu de l’atelier

Cicéron, sculpture par Bertel
Thorvaldsen (vers 1800),
copie d’un original romain

Cet atelier sur plusieurs passages du livre II de De la divination (De diuinatione) de Cicéron s’est tenu le 7 juillet 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Cicéron, De la divination – De diuinatione, présentation et traduction de José Kany-Turpin, Paris, Flammarion, collection GF, 2004. Voir aussi la traduction de Gérard Freyburger et John Schied (Les Belles Lettres, 1992), présente dans le recueil Lire les philosophes de Gérard Chomienne, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé ni d’un commentaire complet du texte.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : La divination peut-elle avoir un quelconque fondement ?

Impossibilité ou inutilité de la divination

  • Cicéron présente la divination comme étant un discours concernant des évènements fortuits, ne relevant d’aucune technique ni savoir (V, 14).
  • Dès lors, si le hasard existe, alors un devin peut annoncer à l’avance des évènements fortuits. Mais s’il les prévoit, c’est qu’ils sont certains, et non fortuits. Ce qui est contradictoire (VII, 18).
  • Si au contraire il n’y a pas de hasard, alors tout est déterminé, et nous n’y pouvons rien changer. La divination est donc, dans ce cas, inutile (VIII, 20).

Critique de différents aspects de la divination

  • Si les dieux voulaient nous envoyer des signes, ils le feraient de façon plus claire, ne nécessitant pas d’interprétation (XXV, 54). Mais les dieux ne veulent peut-être pas notre bien (L, 104). Ou alors savent-ils qu’il n’est pas toujours bénéfique de connaître l’avenir (LI, 105). Peut-être ne le connaissent-ils pas eux-mêmes, en particulier si tout n’est pas prédéterminé (LI, 106). Enfin, les dieux pourraient bien ne pas exister (LI, 106). L’origine divine de la divination est donc douteuse.
  • Ce qu’on appelle « prodiges », miracles, signes, n’a rien d’exceptionnel. En effet, « rien n’advient qui ne puisse advenir ; et si ce qui pouvait advenir est advenu, cela ne doit pas être considéré comme un prodige ; il n’y a donc pas de prodige » (XXVIII, 61).
  • L’astrologie, les horoscopes, se fondent sur l’influence de la position des astres au moment de la naissance. Pourtant des personnes nées au même moment peuvent avoir des vies différentes, à l’exemple des jumeaux (XLIII, 90 ; voir aussi XLV, 95). Cette approche semble de plus négliger l’influence plus patente de la météo, du climat et des parents (XLV, 94).
  • Le fait que les rêves puissent être prémonitoires est douteux. En effet, ils ressemblent fort aux hallucinations que l’on peut avoir lorsque l’on est ivre, et peuvent donc être faux (LVIII, 120). Le fait que certains de nos rêves se réalisent peut être le fruit du hasard, puisque nous en faisons beaucoup (LVIII, 121). Par ailleurs, les dieux n’utiliseraient pas les rêves pour communiquer avec nous, étant donné que nous les oublions trop facilement (LX, 125). Ils sont donc plus probablement produits par les mouvements spontanés de l’âme (LXII, 128). Enfin, les interprétations d’un même rêve sont souvent contradictoires entre elles, ils ne sont donc pas informatifs (LXX, 144).
  • Cicéron recommande donc de rejeter la divination (LXXII, 149), tout en conservant la religion, porteuse des rites et du respect de la nature, qui soudent la communauté (LXXII, 148).

Cicéron, un sceptique qui défend des positions ?

  • L’orateur romain suit dans ce texte une approche sceptique, se réclamant de la Nouvelle Académie (LXXII, 150). Il annonce ainsi dès le début du livre II qu’il veillera à « ne rien affirmer » (III, 8).
  • Il applique cependant cette approche en l’orientant vers la mise en doute de la divination, faisant apparaître son rejet comme « ce qui paraît le plus vraisemblable » (LXXII, 150). Ce rejet pourrait pourtant lui-même être mis en doute par une application systématique du scepticisme. Cicéron peut donc sembler faire ici un usage principalement rhétorique du scepticisme, au service d’une thèse.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur de larges extraits du livre II de De la divination de Cicéron aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 21 juillet à 19h, s’appuiera sur la Lettre à Lucilius 47 de Sénèque. Il y est question de la pratique de l’esclavage dans l’Antiquité. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

La Nature des Choses de Lucrèce – Compte-rendu de l’atelier

Buste de Lucrèce

Cet atelier sur deux passages (v. 1-202, 670-829) du chant III de La Nature des choses (De rerum natura) de Lucrèce s’est tenu le 23 juin 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Lucrèce, La Nature des choses, traduction Jackie Pigeaud, dans Les Épicuriens, s. d. Daniel Delattre et Jackie Pigeaud, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2010. Voir aussi la traduction d’Alfred Ernout (Les Belles Lettres, 1984-1985), présente dans le recueil Lire les philosophes de Gérard Chomienne, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit pas d’un commentaire complet du texte.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Dans quelle mesure la mort nous concerne-t-elle ?

Lucrèce, auteur latin du premier siècle avant l’ère chrétienne, se place dans l’héritage d’Épicure. Dans le chant III de La Nature des choses, il expose ses convictions concernant l’âme (v. 35-36), et sa mortalité (v. 37-39).

Nécessité de s’intéresser aux caractéristiques de l’âme

  • Dans la Lettre à Ménécée, Épicure expliquait que la mort n’était rien pour nous, car « quand nous sommes, la mort n’est pas présente ; et que, quand la mort est présente, alors nous ne sommes pas » (traduction Pierre-Marie Morel, dans Épicure, Lettres, maximes et autres textes, GF, Flammarion, Paris, 2011, §125).
  • Mais disparaissons-nous complètement à notre mort ? Si une partie de nous, l’âme, demeurait, l’argument épicurien perdrait sa validité. D’où l’importance du développement proposé par Lucrèce dans ce passage : il s’agit de connaître les caractéristiques de l’âme.

L’âme est matérielle

  • Puisque le corps peut être mis en mouvement par la pensée, et que celle-ci fait partie de l’âme, cela veut dire que l’âme est matérielle, corporelle (v. 161-176). Cela signifie, dans la physique épicurienne où tout n’est constitué que d’atomes et de vide, qu’elle est faite d’atomes.
  • De plus, sa mise en mouvement peut être particulièrement rapide, elle est donc faite d’atomes très fins, « subtils » (v. 177-202).

L’âme naît et grandit avec le corps, elle meurt donc avec lui

  • Nous n’avons pas de souvenirs antérieurs à notre naissance, ce qui montre, selon Lucrèce, que notre âme n’existait pas précédemment. Si elle avait eu une vie antérieure et qu’elle l’avait oubliée, ce serait, pour nous, comme si elle était nouvelle (v. 670-678). Elle est bien faite d’atomes qui ont eu une existence précédemment (comme c’est le cas de tout ce qui est corporel, puisque les atomes sont éternels), mais l’assemblage est nouveau, sans histoire. Voir aussi v. 760-764.
  • L’interaction de l’âme et du corps est responsable de la sensation, qui est présente dans chaque partie de notre corps. L’âme est donc intriquée dans tout le corps et ne peut donc en sortir sans dommages (v. 688-697).
  • Enfin, on constate que l’âme ne se répartit pas au hasard dans le corps, puisque certaines émotions naissent à des endroits particuliers. Cela montre que l’âme a besoin du corps et de chacune de ses parties pour exister (v. 794-797). Elle meurt donc avec le corps (v. 798-799).

Voilà pourquoi la mort du corps, qui signe la fin de la sensation, est également la mort de l’âme. La mort n’est donc pas à craindre.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur les vers 1 à 202 et 670 à 829 du chant III de La Nature des choses de Lucrèce aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 7 juillet à 19h, s’appuiera sur plusieurs extraits du livre II de De la divination de Cicéron. Nous y examinerons ses arguments contre la pratique divinatoire. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

Esquisses Pyrrhoniennes de Sextus Empiricus – Compte-rendu de l’atelier

Sextus Empiricus, d’après une
médaille en bronze

Cet atelier sur le chapitre 14 du livre I des Esquisses pyrrhoniennes de Sextus Empiricus s’est tenu le 9 juin 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, introduction, traduction et commentaires par Pierre Pellegrin, Paris, Seuil, coll. Points, 1997 ; livre I, chapitre 14, paragraphes 36 à 163. Repris par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un commentaire complet du texte.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Pouvons-nous nous prononcer sur la nature des choses extérieures ?

Les dix modes sceptiques

La philosophie sceptique, à laquelle appartient Sextus Empiricus, conduit à la suspension de l’assentiment, au refus de se prononcer, en particulier sur ce que sont réellement les choses extérieures. Dans le passage qui nous intéresse, Sextus Empiricus liste dix arguments classiquement utilisés par les sceptiques pour justifier cette suspension.

  1. Les différences de constitution des animaux font qu’une même chose est perçue différemment selon l’espèce. Ainsi certaines plantes sont des aliments pour les uns, un poison pour d’autres (§57).
  2. Les différents individus de la même espèce, diversement constitués, ne réagissent pas de la même manière aux éléments extérieurs. D’où, par exemple, chez les humains, la diversité des doctrines philosophiques défendues par les uns et les autres (§88).
  3. Pour un même individu, les sens ne sont pas d’accord entre eux. Ainsi l’huile parfumée est-elle agréable à l’odeur, mais désagréable au goût (§92).
  4. Pour un même sens, l’impression reçue sera différente selon les circonstances. Ainsi le même aliment sera plus ou moins attractif selon que l’on est affamé ou rassasié (§100).
  5. Selon la distance et la position, l’impression reçue sera différente : un navire pourra paraître arrêté de loin, en mouvement de près. Une même tour semblera ronde de loin, carrée de près (§118).
  6. De plus, nous ne recevons jamais des impressions d’un objet isolé, mais toujours de mélanges. Ainsi le flux lumineux traverse-t-il l’air avant d’atteindre notre œil, lui-même composé de diverses substances (§125-126). Nous ne pouvons donc pas savoir ce qui relève de l’objet lui-même.
  7. Selon la quantité et la composition, l’impression reçue sera encore différente. Ainsi la limaille d’argent apparaît-elle noire, alors qu’un morceau d’argent semble plutôt blanc (§129).
  8. Plus globalement, toutes les considérations sont donc relatives à divers points de vue. Les significations du langage sont elles-mêmes relatives (§139), de même que nos perceptions, qui se basent sur la comparaison (§140).
  9. Selon la fréquence des rencontres, notre jugement varie également. Nous accordons ainsi plus d’importance à une comète qu’au soleil, bien qu’elle soit bien plus petite (§141). De même nous donnons plus de valeur à l’or, rare, qu’à l’eau, indispensable mais abondante (§143).
  10. Selon les modes de vie et les coutumes enfin, le même acte pourra apparaître comme impératif ou comme proscrit. Ainsi du sacrifice humain (§149).

Deux propositions d’issues envisagées au XXème siècle

  • Karl Popper donne un statut particulier aux théories scientifiques, qui seraient des hypothèses plus solides que les autres (grâce au critère de falsifiabilité). Il s’appuie par ailleurs sur l’intersubjectivité pour asseoir les « faits de base ». Voir The Logic of Scientific Discovery, Londres, Routledge, 1959, 1992-2002 (première publication en allemand sous le titre Logik der Forschung en 1935).
  • John Dewey reconnaît lui aussi ne pas pouvoir atteindre la certitude. Il voit les théories comme des outils, et mesure leur pertinence à ce qu’elles permettent de faire, selon nos objectifs. Voir The Quest for Certainty [1929], dans The Later Works, 1925-1953, volume 4 : 1929, éd. Ann Boydston, introduction de Simon Toulmin, Carbondale, Southern Illinois University Press, 1984-2008.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur le chapitre 14 du livre I des Esquisses pyrrhoniennes de Sextus Empiricus aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 23 juin à 19h, s’appuiera sur un passage de La Nature des choses de Lucrèce. Ce sera l’occasion pour nous de revenir sur l’épicurisme, en nous intéressant à la mortalité de l’âme. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

Lettre à Ménécée d’Épicure – Compte-rendu de l’atelier

Buste d’Épicure, musée du Louvre
(photo Eric Gaba)

Cet atelier sur la Lettre à Ménécée d’Épicure a eu lieu le 26 mai 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Épicure, Lettre à Ménécée, dans Épicure, Lettres, maximes et autres textes, traduction et présentation de Pierre-Marie Morel, collection GF, Flammarion, Paris, 2011. Voir aussi la traduction de Maurice Solovine (éditions Hermann, 1940), reprise par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Hachette Éducation, Paris, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé complet de la lettre, encore moins d’un commentaire.

Nous avons examiné l’approche proposée par Épicure, dans la Lettre à Ménécée, pour atteindre le bonheur.

Selon Épicure, il n’y a pas d’âge pour philosopher

  • La philosophie, par la compréhension qu’elle donne de la vie, permet d’atteindre le bonheur.
  • C’est pourquoi « […] celui qui dit que le moment de philosopher n’est pas encore venu, ou que ce moment est passé, est semblable à celui qui dit, s’agissant du bonheur, que le moment n’est pas encore venu ou qu’il est passé » (§122).

Première étape : l’élimination des craintes et angoisses infondées

  • Les dieux ne sont pas à craindre : ils sont en effet « incorruptible[s] et bienheureux », et ne se soucient donc pas de nous (§123).
  • La mort elle non plus n’est pas à craindre, puisque « quand nous sommes, la mort n’est pas présente ; et que, quand la mort est présente, alors nous ne sommes pas » : la mort étant synonyme de disparition de la sensation, nous ne pouvons pas en souffrir (§125).
  • Enfin, tout n’est pas prédéterminé, mais tout n’est pas non plus sous notre contrôle. Nous n’avons donc pas à désespérer de ne rien pouvoir changer au cours des choses, sans avoir non plus à nous sentir responsables de tout ce qui arrive (§127).

Comment dès lors mener sa vie ?

  • Ce sont les signaux de plaisir et de douleur qui doivent guider nos choix : le plaisir est le critère qui permet de prendre toutes les décisions (§128). Pour autant, ce choix doit être réfléchi, il doit prendre en compte les conséquences : il faut parfois choisir une douleur immédiate en vue d’un bien futur (on peut ainsi penser au remède, parfois douloureux, du médecin), par exemple (§129-130).
  • De plus, Épicure classe les désirs en différentes catégories : les uns sont non naturels, les autres naturels. Parmi ceux-ci, certains sont non nécessaires, d’autres nécessaires ; nécessaires soit « à la vie elle-même », soit « à l’absence de dysfonctionnement du corps », soit « au bonheur », c’est-à-dire « à l’absence de trouble dans l’âme » (§127-128). (1)
  • Parmi ces désirs, il faut privilégier ceux qui sont nécessaires ; ils ont l’avantage d’être faciles à satisfaire. Les désirs « non naturels » en revanche, sont à éviter : ils sont vains et infinis, donc source d’insatisfaction. Épicure invite ainsi à viser « l’autosuffisance » (§131) pour « être sans crainte devant les aléas de la fortune » et tirer « le plus de jouissance » des moments d’ « abondance » (§130).
  • Épicure clarifie enfin ce qu’il entend par plaisir : il ne s’agit pas « des plaisirs des débauchés […], mais du fait, pour le corps, de ne pas souffrir et, pour l’âme, de ne pas être troublée » (§131-132).

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur la Lettre à Ménécée d’Épicure aura été l’occasion de proposer une première approche de ce texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 9 juin à 19h, s’appuiera sur un passage des Esquisses pyrrhoniennes de Sextus Empiricus. Ce sera l’occasion de constater la difficulté qu’il peut y avoir à être sûr de quoi que ce soit. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.


Notes :

(1) Voir la scolie de la Maxime capitale XXIX, dans Épicure, Lettres, maximes et autres textes, traduction Pierre-Marie Morel, collection GF, Flammarion, Paris, 2011, p. 110-111 : « Épicure considère comme naturels et nécessaires [les désirs] qui délivrent de la douleur, comme la boisson quand on a soif ; comme naturels mais non nécessaires ceux qui ne produisent que des variations du plaisir sans éliminer cependant la douleur, comme les nourritures coûteuses ; comme n’étant ni naturels ni nécessaires, par exemple, les couronnes et l’érection de statues. »

Compte-rendu de l’atelier sur L’Éthique à Nicomaque d’Aristote

Cet atelier sur le livre V de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote (1130b30-1138a3) a eu lieu le 12 mai 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Aristote, Éthique à Nicomaque, traduction de Richard Bodéüs, Flammarion, 2004 ; repris dans Aristote, Œuvres, s.d. Richard Bodéüs, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 2014. Voir également la traduction de de Jean Voilquin (Flammarion), reprise par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Hachette Éducation, Paris, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé complet du passage, encore moins d’un commentaire.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de l’interrogation : Comment faire de la justice une vertu ?

Les différents types de justice dans les institutions de la cité

  • La justice distributive concerne la manière de distribuer les biens produits collectivement au sein de la cité. Cette distribution doit se faire suivant la règle de proportionnalité selon Aristote (1131a22-32) : à chacun selon sa contribution (1131b28-30).
  • La justice corrective intervient lorsqu’un dommage à été causé. Il s’agit de l’évaluer et d’apporter un correctif pour rétablir l’équilibre : c’est la peine que prononce le juge (1132a7-10).
  • La justice dans le cadre des transactions économiques passe par l’évaluation de biens et services à première vue incomparables (1133a6-17) : c’est le rôle de la monnaie qui, par la fixation des prix, rend possibles et équilibre les échanges (1133a19-31).

« L’homme juste » et la loi

  • Les vertus consistent en général pour Aristote en un juste milieu entre deux vices, le « trop » et le « trop peu » (1131a11-12). Ainsi du courage, entre la couardise et la témérité (voir III, 1116a10-12). La vertu qu’est la justice n’a cependant qu’un opposé, l’injustice, qui consiste à la fois à prendre plus de ce qui est « utile » et moins de ce qui est « nuisible », que ce qui nous revient (1134a8-13).
  • Pour qu’un acte fasse de son auteur une personne injuste, il faut qu’il ait été commis volontairement (1135a20-24), suite à une décision réfléchie (1135b19-24), et que ses conséquences injustes aient été prévisibles, et non le fruit de malchance (1135b17-19).
  • Pour être un « honnête homme », il faut, selon Aristote, non seulement agir de manière juste au sens des lois, mais également savoir ne pas exercer ses droits lorsque la stricte application de la loi est excessivement en notre faveur (1137b10-13, 1138a1-2). Cela peut se produire en raison de l’impossibilité pour la loi de prendre en compte toutes ses applications particulières (1137b14).

Les problèmes de la mise en œuvre de la justice dans la cité

  • Le caractère juste des lois peut être contesté en raison de leur dimension conventionnelle. Cela se manifeste par le fait qu’elles diffèrent selon le lieu et l’époque (1134b21-26). Pourtant, Aristote considère qu’il y a une part de naturalité dans certaines prescriptions (1134b29-33).
  • La mise en œuvre de la justice nécessite une prise de décision par des individus particuliers (le juge dans le cas de la justice corrective, le gouvernant dans celui de la justice distributive). Pour Aristote, il convient de gouverner selon la raison, en vue du juste (1134a35-b2), et non du profit du dirigeant, qui doit donc recevoir un salaire pour le rémunérer de ses décisions désintéressées (1134b2-8). Il n’y a cependant pas de meilleur régime politique applicable à toutes les circonstances, il faut s’adapter aux contraintes de chaque situation (1135a4-5).
  • Aristote examine enfin la question de savoir s’il peut y avoir injustice lorsque la victime est consentante (1136a15-b4), ou lorsque l’auteur de l’acte le commet sur lui-même (1136b15-16). Il conclut par la négative, parce que « nul ne souhaite se nuire » (1136b6), et que celui qui consent doit donc trouver un avantage à ce qui apparaît au premier abord comme injuste (1136b22).

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur L’Éthique à Nicomaque d’Aristote aura été l’occasion de proposer une première approche de ce texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 26 mai à 19h, s’appuiera sur la Lettre à Ménécée d’Épicure. Il y donne sa recette du bonheur. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.

Compte-rendu de l’atelier sur La République de Platon

Cet atelier sur les livres VI et VII de La République de Platon (505a-521b) a eu lieu le 28 avril 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Platon, par Raphaël (détail de la fresque
“L’école d’Athènes”)

Édition de référence : Platon, La République, traduction de Victor Cousin (Classiques Hachette), disponible librement en ligne. Repris par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Hachette Éducation, Paris, 2004. Voir aussi la traduction de Georges Leroux (GF, Flammarion, 2004).

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé complet du passage, encore moins d’un commentaire. Des points et enjeux importants et parfois techniques, ainsi qu’une discussion plus approfondie des critiques, ont été laissés à de futures études.

Thème principal : quel devrait être le rapport entre connaissance et pouvoir ?

La connaissance selon Platon

  • Elle se distingue de l’opinion, incertaine, qui peut être le fruit du hasard, de la chance (506c).
  • Elle ne concerne que ce qui est éternel : ce qui est changeant, « ce qui naît et périt » ne peut être l’objet de connaissance, seulement de l’opinion, de la croyance (508d). Seules les idées, comme « le beau en soi », « le bien en soi » (507b), peuvent donc se prêter à une connaissance.
  • On accède ainsi à la connaissance la plus pure par le raisonnement seul (511b-c), en travaillant sur « les idées considérées en elles-mêmes » (510b).

L’enjeu de l’éducation

  • Comme l’illustre notamment l’allégorie de la caverne (514a-518b), l’accès à la connaissance est pénible, inconfortable pour l’apprenant (515e), et nécessairement progressif (516a). Pour autant, « chacun possède la faculté d’apprendre » (518c), à condition d’orienter son regard « dans une bonne direction » (518d).
  • Toujours en se servant de l’allégorie de la caverne, Platon montre que l’accès à la connaissance, par la satisfaction qu’elle produit, et la mise en perspective qu’elle offre, conduit à mépriser le monde matériel, et notamment ses honneurs (516c-d).
  • Il implique aussi une difficulté à s’adapter au monde matériel, imparfait, d’où une certaine maladresse chez les philosophes, par exemple dans les procédures judiciaires (1) (516e-517a, 517d-e).

Le pouvoir platonicien, un pouvoir totalitaire ?

  • Ayant exposé son idéal de connaissance, Platon en tire alors des conséquences pour l’organisation de la cité. Celle-ci doit par exemple selon lui former activement les citoyens, notamment en « coup[ant] » « dès l’enfance » « ces penchants […] qui […] entraînent l’âme vers les festins […] et abaissent les regards vers les choses inférieures » (519a-b).
  • Par ailleurs, comme on l’a vu, ceux qui ont eu accès à la connaissance ne souhaiteront pas revenir se soucier des enjeux matériels. Il faudra donc forcer les philosophes à gouverner (519c-d), pour une partie de leur temps. Ils régleront ainsi leur dette à la cité qui les a formés (520d-e).
  • Enfin, s’il faut que les dirigeants de la cité aient une connaissance parfaite, c’est que l’on doit « tout [leur] confier » selon Platon (506a). Dans cette cité parfaite, tout est organisé, avec « persuasion » et « autorité », au service de la « société commune » (519e-520a). (2)

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur La République de Platon aura été l’occasion de proposer une première approche de ce texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 12 mai à 19h, s’appuiera sur le livre V de L’Éthique à Nicomaque d’Aristote. Il s’intéressera à la notion de justice. N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez plus d’informations ou pour vous inscrire.

Et pour être informé/e des futurs événements, vous pouvez vous inscrire à la newsletter ou me suivre sur Mastodon.


Notes :

(1) Voir par exemple le Criton de Platon, objet de l’atelier du 14 avril 2020.

(2) Cet aspect est la base de la critique sévère de Platon par Karl Popper dans le tome I de The Open Society and its Enemies. Il lui reproche son combat contre la démocratie, et, pour le dire rapidement, d’être le penseur des régimes autoritaires. Voir Karl Popper, The Open Society and its Enemies, Londres, Routledge, 2002-2011 (première publication en 1945).