De la Divination de Cicéron – Compte-rendu de l’atelier

Cicéron, sculpture par Bertel
Thorvaldsen (vers 1800),
copie d’un original romain

Cet atelier sur plusieurs passages du livre II de De la divination (De diuinatione) de Cicéron s’est tenu le 7 juillet 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Cicéron, De la divination – De diuinatione, présentation et traduction de José Kany-Turpin, Paris, Flammarion, collection GF, 2004. Voir aussi la traduction de Gérard Freyburger et John Schied (Les Belles Lettres, 1992), présente dans le recueil Lire les philosophes de Gérard Chomienne, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé ni d’un commentaire complet du texte.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : La divination peut-elle avoir un quelconque fondement ?

Impossibilité ou inutilité de la divination

  • Cicéron présente la divination comme étant un discours concernant des évènements fortuits, ne relevant d’aucune technique ni savoir (V, 14).
  • Dès lors, si le hasard existe, alors un devin peut annoncer à l’avance des évènements fortuits. Mais s’il les prévoit, c’est qu’ils sont certains, et non fortuits. Ce qui est contradictoire (VII, 18).
  • Si au contraire il n’y a pas de hasard, alors tout est déterminé, et nous n’y pouvons rien changer. La divination est donc, dans ce cas, inutile (VIII, 20).

Critique de différents aspects de la divination

  • Si les dieux voulaient nous envoyer des signes, ils le feraient de façon plus claire, ne nécessitant pas d’interprétation (XXV, 54). Mais les dieux ne veulent peut-être pas notre bien (L, 104). Ou alors savent-ils qu’il n’est pas toujours bénéfique de connaître l’avenir (LI, 105). Peut-être ne le connaissent-ils pas eux-mêmes, en particulier si tout n’est pas prédéterminé (LI, 106). Enfin, les dieux pourraient bien ne pas exister (LI, 106). L’origine divine de la divination est donc douteuse.
  • Ce qu’on appelle « prodiges », miracles, signes, n’a rien d’exceptionnel. En effet, « rien n’advient qui ne puisse advenir ; et si ce qui pouvait advenir est advenu, cela ne doit pas être considéré comme un prodige ; il n’y a donc pas de prodige » (XXVIII, 61).
  • L’astrologie, les horoscopes, se fondent sur l’influence de la position des astres au moment de la naissance. Pourtant des personnes nées au même moment peuvent avoir des vies différentes, à l’exemple des jumeaux (XLIII, 90 ; voir aussi XLV, 95). Cette approche semble de plus négliger l’influence plus patente de la météo, du climat et des parents (XLV, 94).
  • Le fait que les rêves puissent être prémonitoires est douteux. En effet, ils ressemblent fort aux hallucinations que l’on peut avoir lorsque l’on est ivre, et peuvent donc être faux (LVIII, 120). Le fait que certains de nos rêves se réalisent peut être le fruit du hasard, puisque nous en faisons beaucoup (LVIII, 121). Par ailleurs, les dieux n’utiliseraient pas les rêves pour communiquer avec nous, étant donné que nous les oublions trop facilement (LX, 125). Ils sont donc plus probablement produits par les mouvements spontanés de l’âme (LXII, 128). Enfin, les interprétations d’un même rêve sont souvent contradictoires entre elles, ils ne sont donc pas informatifs (LXX, 144).
  • Cicéron recommande donc de rejeter la divination (LXXII, 149), tout en conservant la religion, porteuse des rites et du respect de la nature, qui soudent la communauté (LXXII, 148).

Cicéron, un sceptique qui défend des positions ?

  • L’orateur romain suit dans ce texte une approche sceptique, se réclamant de la Nouvelle Académie (LXXII, 150). Il annonce ainsi dès le début du livre II qu’il veillera à « ne rien affirmer » (III, 8).
  • Il applique cependant cette approche en l’orientant vers la mise en doute de la divination, faisant apparaître son rejet comme « ce qui paraît le plus vraisemblable » (LXXII, 150). Ce rejet pourrait pourtant lui-même être mis en doute par une application systématique du scepticisme. Cicéron peut donc sembler faire ici un usage principalement rhétorique du scepticisme, au service d’une thèse.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur de larges extraits du livre II de De la divination de Cicéron aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 21 juillet à 19h, s’appuiera sur la Lettre à Lucilius 47 de Sénèque. Il y est question de la pratique de l’esclavage dans l’Antiquité. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

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Série d’ateliers en ligne sur la philosophie antique

La philosophie antique : accessible à tous

Aristote et la philosophie antique
Aristote, par Raphaël
(détail de la fresque
“L’école d’Athènes”)

La philosophie vous intéresse, mais vous ne savez pas par où commencer ? Les textes que vous avez tenté de lire vous semblent trop chargés en références qui vous les rendent inaccessibles ? La philosophie antique présente, le plus souvent, l’avantage d’être directement compréhensible par les non-spécialistes. Cela est possible parce qu’elle aborde des questions générales, que l’on pourrait qualifier d’intemporelles.

La vie, le bonheur, la justice, la morale, la vérité : autant de thèmes qui ont traversé les siècles et sur lesquels les philosophes antiques apportent un éclairage enrichissant, toujours d’actualité.

Des webconférences pour échanger et comprendre

Je vous propose donc une série de webconférences qui seront autant de moments d’échange autour de textes de philosophes de référence de l’antiquité grecque et latine. À chaque fois, je vous présenterai les enjeux principaux d’un texte, ainsi que son contexte. Nous entamerons alors une discussion générale, en groupe de 3 à 10 personnes.

La sélection de textes et d’auteurs est basée sur le manuel de Gérard Chomienne, Lire les philosophes (Hachette Education, 2004). La plupart des textes sont disponibles librement, mais je vous recommande ce livre pour les retrouver tous dans de bonnes traductions et un format pratique.

Le programme avril-juillet 2020

Ces conférences auront lieu en ligne, un mardi sur deux, de 19h à 20h30. J’ai choisi de suivre un ordre chronologique, pour faciliter la compréhension des références que peuvent faire les auteurs à leurs prédécesseurs. Au programme de ce premier cycle (les dates et thématiques pourront évoluer en fonction de l’avancée des séances précédentes et des demandes particulières, et en cas d’événements imprévus) :

Nous poursuivrons ce parcours à partir de septembre en commençant par deux autres stoïciens, Épictète et Marc Aurèle. Voir la page dédiée.

Le séances sont indépendantes les unes des autres. Vous pouvez donc vous inscrire même si vous n’avez pas participé aux précédentes.

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