La Nature des Choses de Lucrèce – Compte-rendu de l’atelier

Buste de Lucrèce

Cet atelier sur deux passages (v. 1-202, 670-829) du chant III de La Nature des choses (De rerum natura) de Lucrèce s’est tenu le 23 juin 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Lucrèce, La Nature des choses, traduction Jackie Pigeaud, dans Les Épicuriens, s. d. Daniel Delattre et Jackie Pigeaud, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2010. Voir aussi la traduction d’Alfred Ernout (Les Belles Lettres, 1984-1985), présente dans le recueil Lire les philosophes de Gérard Chomienne, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit pas d’un commentaire complet du texte.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Dans quelle mesure la mort nous concerne-t-elle ?

Lucrèce, auteur latin du premier siècle avant l’ère chrétienne, se place dans l’héritage d’Épicure. Dans le chant III de La Nature des choses, il expose ses convictions concernant l’âme (v. 35-36), et sa mortalité (v. 37-39).

Nécessité de s’intéresser aux caractéristiques de l’âme

  • Dans la Lettre à Ménécée, Épicure expliquait que la mort n’était rien pour nous, car « quand nous sommes, la mort n’est pas présente ; et que, quand la mort est présente, alors nous ne sommes pas » (traduction Pierre-Marie Morel, dans Épicure, Lettres, maximes et autres textes, GF, Flammarion, Paris, 2011, §125).
  • Mais disparaissons-nous complètement à notre mort ? Si une partie de nous, l’âme, demeurait, l’argument épicurien perdrait sa validité. D’où l’importance du développement proposé par Lucrèce dans ce passage : il s’agit de connaître les caractéristiques de l’âme.

L’âme est matérielle

  • Puisque le corps peut être mis en mouvement par la pensée, et que celle-ci fait partie de l’âme, cela veut dire que l’âme est matérielle, corporelle (v. 161-176). Cela signifie, dans la physique épicurienne où tout n’est constitué que d’atomes et de vide, qu’elle est faite d’atomes.
  • De plus, sa mise en mouvement peut être particulièrement rapide, elle est donc faite d’atomes très fins, « subtils » (v. 177-202).

L’âme naît et grandit avec le corps, elle meurt donc avec lui

  • Nous n’avons pas de souvenirs antérieurs à notre naissance, ce qui montre, selon Lucrèce, que notre âme n’existait pas précédemment. Si elle avait eu une vie antérieure et qu’elle l’avait oubliée, ce serait, pour nous, comme si elle était nouvelle (v. 670-678). Elle est bien faite d’atomes qui ont eu une existence précédemment (comme c’est le cas de tout ce qui est corporel, puisque les atomes sont éternels), mais l’assemblage est nouveau, sans histoire. Voir aussi v. 760-764.
  • L’interaction de l’âme et du corps est responsable de la sensation, qui est présente dans chaque partie de notre corps. L’âme est donc intriquée dans tout le corps et ne peut donc en sortir sans dommages (v. 688-697).
  • Enfin, on constate que l’âme ne se répartit pas au hasard dans le corps, puisque certaines émotions naissent à des endroits particuliers. Cela montre que l’âme a besoin du corps et de chacune de ses parties pour exister (v. 794-797). Elle meurt donc avec le corps (v. 798-799).

Voilà pourquoi la mort du corps, qui signe la fin de la sensation, est également la mort de l’âme. La mort n’est donc pas à craindre.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur les vers 1 à 202 et 670 à 829 du chant III de La Nature des choses de Lucrèce aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 7 juillet à 19h, s’appuiera sur plusieurs extraits du livre II de De la divination de Cicéron. Nous y examinerons ses arguments contre la pratique divinatoire. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

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Lettre à Ménécée d’Épicure – Compte-rendu de l’atelier

Buste d’Épicure, musée du Louvre
(photo Eric Gaba)

Cet atelier sur la Lettre à Ménécée d’Épicure a eu lieu le 26 mai 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Épicure, Lettre à Ménécée, dans Épicure, Lettres, maximes et autres textes, traduction et présentation de Pierre-Marie Morel, collection GF, Flammarion, Paris, 2011. Voir aussi la traduction de Maurice Solovine (éditions Hermann, 1940), reprise par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Hachette Éducation, Paris, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé complet de la lettre, encore moins d’un commentaire.

Nous avons examiné l’approche proposée par Épicure, dans la Lettre à Ménécée, pour atteindre le bonheur.

Selon Épicure, il n’y a pas d’âge pour philosopher

  • La philosophie, par la compréhension qu’elle donne de la vie, permet d’atteindre le bonheur.
  • C’est pourquoi « […] celui qui dit que le moment de philosopher n’est pas encore venu, ou que ce moment est passé, est semblable à celui qui dit, s’agissant du bonheur, que le moment n’est pas encore venu ou qu’il est passé » (§122).

Première étape : l’élimination des craintes et angoisses infondées

  • Les dieux ne sont pas à craindre : ils sont en effet « incorruptible[s] et bienheureux », et ne se soucient donc pas de nous (§123).
  • La mort elle non plus n’est pas à craindre, puisque « quand nous sommes, la mort n’est pas présente ; et que, quand la mort est présente, alors nous ne sommes pas » : la mort étant synonyme de disparition de la sensation, nous ne pouvons pas en souffrir (§125).
  • Enfin, tout n’est pas prédéterminé, mais tout n’est pas non plus sous notre contrôle. Nous n’avons donc pas à désespérer de ne rien pouvoir changer au cours des choses, sans avoir non plus à nous sentir responsables de tout ce qui arrive (§127).

Comment dès lors mener sa vie ?

  • Ce sont les signaux de plaisir et de douleur qui doivent guider nos choix : le plaisir est le critère qui permet de prendre toutes les décisions (§128). Pour autant, ce choix doit être réfléchi, il doit prendre en compte les conséquences : il faut parfois choisir une douleur immédiate en vue d’un bien futur (on peut ainsi penser au remède, parfois douloureux, du médecin), par exemple (§129-130).
  • De plus, Épicure classe les désirs en différentes catégories : les uns sont non naturels, les autres naturels. Parmi ceux-ci, certains sont non nécessaires, d’autres nécessaires ; nécessaires soit « à la vie elle-même », soit « à l’absence de dysfonctionnement du corps », soit « au bonheur », c’est-à-dire « à l’absence de trouble dans l’âme » (§127-128). (1)
  • Parmi ces désirs, il faut privilégier ceux qui sont nécessaires ; ils ont l’avantage d’être faciles à satisfaire. Les désirs « non naturels » en revanche, sont à éviter : ils sont vains et infinis, donc source d’insatisfaction. Épicure invite ainsi à viser « l’autosuffisance » (§131) pour « être sans crainte devant les aléas de la fortune » et tirer « le plus de jouissance » des moments d’ « abondance » (§130).
  • Épicure clarifie enfin ce qu’il entend par plaisir : il ne s’agit pas « des plaisirs des débauchés […], mais du fait, pour le corps, de ne pas souffrir et, pour l’âme, de ne pas être troublée » (§131-132).

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur la Lettre à Ménécée d’Épicure aura été l’occasion de proposer une première approche de ce texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 9 juin à 19h, s’appuiera sur un passage des Esquisses pyrrhoniennes de Sextus Empiricus. Ce sera l’occasion de constater la difficulté qu’il peut y avoir à être sûr de quoi que ce soit. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

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Notes :

(1) Voir la scolie de la Maxime capitale XXIX, dans Épicure, Lettres, maximes et autres textes, traduction Pierre-Marie Morel, collection GF, Flammarion, Paris, 2011, p. 110-111 : « Épicure considère comme naturels et nécessaires [les désirs] qui délivrent de la douleur, comme la boisson quand on a soif ; comme naturels mais non nécessaires ceux qui ne produisent que des variations du plaisir sans éliminer cependant la douleur, comme les nourritures coûteuses ; comme n’étant ni naturels ni nécessaires, par exemple, les couronnes et l’érection de statues. »