Enjeux Philosophiques de la Science – Série de Conférences en ligne

Le rapport de la science à la vérité peut être source de confusion : à quel point la science dit-elle vrai ?

Cette ambiguïté est parfois utilisée pour semer le trouble, dans un but de manipulation. C’est pourquoi les enjeux philosophiques liés à la science sont importants, particulièrement en démocratie. Et ils se font sentir avec insistance aujourd’hui, par exemple à travers la question des fake news.

Qu’est-ce que la science ? Quelle foi accorder aux théories scientifiques ?

Je vous propose donc d’examiner ensemble ces enjeux sous deux angles complémentaires. D’abord, qu’est-ce que la science ? Qu’appelle-t-on couramment science, quelles sont les ambiguïtés associées ? Cela nous conduira à nous accorder sur une définition, toujours provisoire, pour pouvoir avancer.

Sur la base de cet éclaircissement, nous nous interrogerons sur la foi qu’il convient d’accorder aux théories scientifiques. Qu’est-ce qui justifie que nous y croyions ? Et quelles sont les limites de leur pouvoir ?

Deux auteurs de référence : Karl Popper et John Dewey

Pour nous guider dans cette enquête, nous nous appuierons principalement sur deux auteurs : Karl Popper et John Dewey. Tous deux ont écrit au vingtième siècle. Tous deux ont pensé la science dans son rapport avec la société et la démocratie.

Karl Popper a proposé un critère pour déterminer si une théorie peut être dite scientifique (la falsifiabilité) dans La Logique de la découverte scientifique. Nous prendrons le temps de bien comprendre ce critère et ce qu’il implique.

John Dewey s’est intéressé aux questions d’éducation. Il a ainsi été conduit à se pencher sur les enjeux sociétaux que pose la science. Il a particulièrement approfondi la question de la certitude dans La Quête de Certitude.

Des conférences exigeantes, mais accessibles à tous

Lors de ces conférences, nous entrerons dans le détail de l’analyse de concept, ce qui implique un certain investissement si vous souhaitez suivre l’ensemble des développements.

Elles resteront cependant accessibles à tous, car elles seront largement interactives. Vous pourrez donc poser vos questions et demander les éclaircissements nécessaires.

Programme des conférences sur les enjeux philosophiques de la science

Je vous propose d’articuler notre exploration en sept séances, un mardi sur deux, de 21h à 22h30. Chaque séance débutera par un exposé de 45 minutes à une heure, suivi d’un échange général.

Voici le programme que je vous propose (les dates, heures et thématiques pourront évoluer, en fonction notamment de notre progression et d’éventuels événements imprévus) :

  • 15 septembre 2020 : Introduction – La science, vérité ou hypothèse ?
  • 29 septembre 2020 : Popper et la falsifiabilité
  • 13 octobre 2020 : Dewey et l’incertitude
  • 27 octobre 2020 : Falsifiabilité et incertitude, deux approches incompatibles ?
  • 10 novembre 2020 : Mise à l’épreuve des deux approches avec un exemple d’expérience, les fentes de Young
  • 24 novembre 2020 : Une proposition de solution, entre doute et fiabilité
  • 8 décembre 2020 : Conclusion – Qu’est-ce que la science nous dit du réel ?

Le tarif est de 9€ par séance, ou 40€ pour l’ensemble des sept séances. Voir conditions.

Vous inscrire / Me contacter

Pour vous inscrire, il vous suffit de remplir le formulaire d’inscription.

Je suis également à votre disposition pour échanger au sujet de ces conférences, ou pour toute question. Vous pouvez me contacter par téléphone au 07 81 73 33 82, ou via le formulaire de contact.

Ensemble de quatre images montrant la formation progressive d'une figure d'interférence
Résultat d’une expérience du Dr. Tonomura sur les fentes de Young avec des électrons. Nous en discuterons lors de la cinquième séance, le 10 novembre 2020. Image de Dr. Tonomura et Belsazar. Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

Ouvrages de référence

  • John Dewey, The Quest for Certainty [1929], dans The Later Works, 1925-1953, volume 4 : 1929, éd. Ann Boydston, introduction de Simon Toulmin, Carbondale, Southern Illinois University Press, 1984-2008.
    Traduction française : La Quête de certitude, trad. Patrick Savidan, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de philosophie, 2014.
  • Karl Popper, The Logic of Scientific Discovery, Londres, Routledge, 1959, 1992-2002 (première publication en allemand sous le titre Logik der Forschung en 1935).
    Traduction française : La Logique de la découverte scientifique [1973], trad. Nicole Thyssen-Rutten et Philippe Devaux, préface de Jacques Monod, Paris, Payot, coll. Bibliothèque Scientifique Payot, 2007.

Remerciements

Le parcours que je vous propose est très largement issu de mon mémoire de première année de Master. Je tiens donc à remercier tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à ce travail, et en particulier mon directeur de mémoire Élie During.

Vous pouvez vous inscrire à cette série de conférences sur les enjeux philosophiques de la science en m’envoyant un message via le formulaire de contact.

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Esquisses Pyrrhoniennes de Sextus Empiricus – Compte-rendu de l’atelier

Sextus Empiricus, d’après une
médaille en bronze

Cet atelier sur le chapitre 14 du livre I des Esquisses pyrrhoniennes de Sextus Empiricus s’est tenu le 9 juin 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, introduction, traduction et commentaires par Pierre Pellegrin, Paris, Seuil, coll. Points, 1997 ; livre I, chapitre 14, paragraphes 36 à 163. Repris par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Paris, Hachette Éducation, 2004.

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un commentaire complet du texte.

Nous avons examiné ce passage sous l’angle de la question : Pouvons-nous nous prononcer sur la nature des choses extérieures ?

Les dix modes sceptiques

La philosophie sceptique, à laquelle appartient Sextus Empiricus, conduit à la suspension de l’assentiment, au refus de se prononcer, en particulier sur ce que sont réellement les choses extérieures. Dans le passage qui nous intéresse, Sextus Empiricus liste dix arguments classiquement utilisés par les sceptiques pour justifier cette suspension.

  1. Les différences de constitution des animaux font qu’une même chose est perçue différemment selon l’espèce. Ainsi certaines plantes sont des aliments pour les uns, un poison pour d’autres (§57).
  2. Les différents individus de la même espèce, diversement constitués, ne réagissent pas de la même manière aux éléments extérieurs. D’où, par exemple, chez les humains, la diversité des doctrines philosophiques défendues par les uns et les autres (§88).
  3. Pour un même individu, les sens ne sont pas d’accord entre eux. Ainsi l’huile parfumée est-elle agréable à l’odeur, mais désagréable au goût (§92).
  4. Pour un même sens, l’impression reçue sera différente selon les circonstances. Ainsi le même aliment sera plus ou moins attractif selon que l’on est affamé ou rassasié (§100).
  5. Selon la distance et la position, l’impression reçue sera différente : un navire pourra paraître arrêté de loin, en mouvement de près. Une même tour semblera ronde de loin, carrée de près (§118).
  6. De plus, nous ne recevons jamais des impressions d’un objet isolé, mais toujours de mélanges. Ainsi le flux lumineux traverse-t-il l’air avant d’atteindre notre œil, lui-même composé de diverses substances (§125-126). Nous ne pouvons donc pas savoir ce qui relève de l’objet lui-même.
  7. Selon la quantité et la composition, l’impression reçue sera encore différente. Ainsi la limaille d’argent apparaît-elle noire, alors qu’un morceau d’argent semble plutôt blanc (§129).
  8. Plus globalement, toutes les considérations sont donc relatives à divers points de vue. Les significations du langage sont elles-mêmes relatives (§139), de même que nos perceptions, qui se basent sur la comparaison (§140).
  9. Selon la fréquence des rencontres, notre jugement varie également. Nous accordons ainsi plus d’importance à une comète qu’au soleil, bien qu’elle soit bien plus petite (§141). De même nous donnons plus de valeur à l’or, rare, qu’à l’eau, indispensable mais abondante (§143).
  10. Selon les modes de vie et les coutumes enfin, le même acte pourra apparaître comme impératif ou comme proscrit. Ainsi du sacrifice humain (§149).

Deux propositions d’issues envisagées au XXème siècle

  • Karl Popper donne un statut particulier aux théories scientifiques, qui seraient des hypothèses plus solides que les autres (grâce au critère de falsifiabilité). Il s’appuie par ailleurs sur l’intersubjectivité pour asseoir les « faits de base ». Voir The Logic of Scientific Discovery, Londres, Routledge, 1959, 1992-2002 (première publication en allemand sous le titre Logik der Forschung en 1935).
  • John Dewey reconnaît lui aussi ne pas pouvoir atteindre la certitude. Il voit les théories comme des outils, et mesure leur pertinence à ce qu’elles permettent de faire, selon nos objectifs. Voir The Quest for Certainty [1929], dans The Later Works, 1925-1953, volume 4 : 1929, éd. Ann Boydston, introduction de Simon Toulmin, Carbondale, Southern Illinois University Press, 1984-2008.

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur le chapitre 14 du livre I des Esquisses pyrrhoniennes de Sextus Empiricus aura été l’occasion de proposer une première approche du texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 23 juin à 19h, s’appuiera sur un passage de La Nature des choses de Lucrèce. Ce sera l’occasion pour nous de revenir sur l’épicurisme, en nous intéressant à la mortalité de l’âme. Contactez-moi dès maintenant pour vous inscrire ou si vous souhaitez plus d’informations.

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