Compte-rendu de l’atelier sur La République de Platon

Cet atelier sur les livres VI et VII de La République de Platon (505a-521b) a eu lieu le 28 avril 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Platon, par Raphaël (détail de la fresque
“L’école d’Athènes”)

Édition de référence : Platon, La République, traduction de Victor Cousin (Classiques Hachette), disponible librement en ligne. Repris par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Hachette Éducation, Paris, 2004. Voir aussi la traduction de Georges Leroux (GF, Flammarion, 2004).

Ce compte-rendu est un rappel des principaux points abordés lors de l’atelier. Il ne s’agit donc pas d’un résumé complet du passage, encore moins d’un commentaire. Des points et enjeux importants et parfois techniques, ainsi qu’une discussion plus approfondie des critiques, ont été laissés à de futures études.

Thème principal : quel devrait être le rapport entre connaissance et pouvoir ?

La connaissance selon Platon

  • Elle se distingue de l’opinion, incertaine, qui peut être le fruit du hasard, de la chance (506c).
  • Elle ne concerne que ce qui est éternel : ce qui est changeant, « ce qui naît et périt » ne peut être l’objet de connaissance, seulement de l’opinion, de la croyance (508d). Seules les idées, comme « le beau en soi », « le bien en soi » (507b), peuvent donc se prêter à une connaissance.
  • On accède ainsi à la connaissance la plus pure par le raisonnement seul (511b-c), en travaillant sur « les idées considérées en elles-mêmes » (510b).

L’enjeu de l’éducation

  • Comme l’illustre notamment l’allégorie de la caverne (514a-518b), l’accès à la connaissance est pénible, inconfortable pour l’apprenant (515e), et nécessairement progressif (516a). Pour autant, « chacun possède la faculté d’apprendre » (518c), à condition d’orienter son regard « dans une bonne direction » (518d).
  • Toujours en se servant de l’allégorie de la caverne, Platon montre que l’accès à la connaissance, par la satisfaction qu’elle produit, et la mise en perspective qu’elle offre, conduit à mépriser le monde matériel, et notamment ses honneurs (516c-d).
  • Il implique aussi une difficulté à s’adapter au monde matériel, imparfait, d’où une certaine maladresse chez les philosophes, par exemple dans les procédures judiciaires (1) (516e-517a, 517d-e).

Le pouvoir platonicien, un pouvoir totalitaire ?

  • Ayant exposé son idéal de connaissance, Platon en tire alors des conséquences pour l’organisation de la cité. Celle-ci doit par exemple selon lui former activement les citoyens, notamment en « coup[ant] » « dès l’enfance » « ces penchants […] qui […] entraînent l’âme vers les festins […] et abaissent les regards vers les choses inférieures » (519a-b).
  • Par ailleurs, comme on l’a vu, ceux qui ont eu accès à la connaissance ne souhaiteront pas revenir se soucier des enjeux matériels. Il faudra donc forcer les philosophes à gouverner (519c-d), pour une partie de leur temps. Ils régleront ainsi leur dette à la cité qui les a formés (520d-e).
  • Enfin, s’il faut que les dirigeants de la cité aient une connaissance parfaite, c’est que l’on doit « tout [leur] confier » selon Platon (506a). Dans cette cité parfaite, tout est organisé, avec « persuasion » et « autorité », au service de la « société commune » (519e-520a). (2)

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur La République de Platon aura été l’occasion de proposer une première approche de ce texte. Je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 12 mai à 19h, s’appuiera sur le livre V de L’Éthique à Nicomaque d’Aristote. Il s’intéressera à la notion de justice. N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez plus d’informations ou pour vous inscrire.

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Notes :

(1) Voir par exemple le Criton de Platon, objet de l’atelier du 14 avril 2020.

(2) Cet aspect est la base de la critique sévère de Platon par Karl Popper dans le tome I de The Open Society and its Enemies. Il lui reproche son combat contre la démocratie, et, pour le dire rapidement, d’être le penseur des régimes autoritaires. Voir Karl Popper, The Open Society and its Enemies, Londres, Routledge, 2002-2011 (première publication en 1945).

Compte-rendu de l’atelier sur le Criton de Platon

Cet atelier sur le Criton de Platon a eu lieu le 14 avril 2020, dans le cadre du cycle sur la philosophie antique.

Édition de référence : Platon, Œuvres complètes, tome 1, traduction de Léon Robin, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1950. Repris par Gérard Chomienne dans Lire les philosophes, Hachette Éducation, Paris, 2004 (avec la numérotation des lignes utilisée ici).

Thème principal : est-on en droit de commettre une injustice en réponse à une injustice ?

Socrate a été condamné à mort. Son ami Criton lui propose son assistance pour l’aider à s’échapper de prison, et d’Athènes. Socrate refuse, au nom du respect des lois de la cité d’Athènes, qu’il a acceptées en y passant sa vie (l. 433-436 et 492-495) ; au nom aussi du respect des paroles qu’il a prononcées au cours de sa vie, et notamment lors de son procès, où il a dit préférer la mort à l’exil (l. 473). Commettre une injustice serait pire que subir une injustice quelconque, puisque cela serait porter atteinte à sa propre âme (l. 229-239).

Éthique de responsabilité et éthique de conviction

L’alternative que Socrate a proposée au jury, et qui a conduit à sa condamnation, est extrême : ses accusateurs demandaient sa mort, et il a proposé à la place que son entretien soit assuré aux frais de la cité jusqu’à la fin de ses jours, considérant qu’il rendait service à la cité.

Cette approche, basée sur des principes, mais aux conséquences contraires à l’objectif affiché, nous a conduits à évoquer la figure de Max Weber et sa distinction entre éthique de conviction et éthique de responsabilité (dans Politik als Beruf, conférence prononcée en 1919, traduite en français dans Le Savant et le Politique par Catherine Colliot-Thélène aux éditions La Découverte, Paris, 2003).

L’importance des actes pour donner du sens aux paroles

Notre discussion a aussi été l’occasion de souligner l’enjeu de l’accord entre paroles et actions, pour que les premières ne restent pas de vains mots. C’est également le cas pour les lois, qui n’ont de consistance que si elles sont suivies d’effets.

Le respect des lois : une affaire de tout ou rien ?

Nous avons enfin souligné le caractère écrasant des lois telles que décrites par Socrate : elles s’imposent au citoyen de manière totale, sur le mode du tout ou rien : soit on les accepte toutes (y compris la procédure de jugement, dans le cas qui intéresse Socrate ici), soit il faut quitter la cité.

Ce caractère écrasant est amplifié par l’absence de procédure d’appel à Athènes : le premier jugement est définitif. Cette remarque nous a permis de souligner l’historicité des procédures judiciaires, et la perception d’un progrès, auquel a pu contribuer la prise de conscience, a posteriori, d’erreurs judiciaires.

“Je sais que je ne sais rien” et le doute systématique

Au-delà du Criton de Platon à proprement parler, nous avons discuté de l’affirmation socratique « Je sais que je ne sais rien ». Cette attitude était associée à son comportement sur l’agora athénienne : il y interrogeait différents dignitaires jusqu’à leur faire reconnaître qu’eux non plus ne savaient pas. Nous reviendrons sur cette pratique du doute systématique lorsque nous nous pencherons sur les philosophes sceptiques, à travers la figure de Sextus Empiricus, lors d’un prochain atelier.

La question de la valeur de la vie

Piste que nous n’avons pas explorée lors de notre échange, une attaque plus fondamentale contre l’argumentation de Socrate pourrait être envisagée : il s’agirait de défendre l’idée que la vie vaut toujours d’être vécue, contrairement à ce qu’il tend à affirmer quand il évoque l’idée de voir son corps, ou, pire, son âme, corrompue (l. 229-239).

Poursuivons la discussion !

Cet atelier sur le Criton de Platon aura été l’occasion de proposer une première approche de ce texte. Il pose de nombreux problèmes, et je serais ravi d’en discuter plus amplement avec vous, via les commentaires, ou lors d’une séance spécifique, particulière ou collective.

Le prochain atelier, prévu pour mardi 28 avril à 19h, s’appuiera sur les livres VI et VII de La République de Platon. Il sera l’occasion d’évoquer les liens entre pouvoir et connaissance. N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez plus d’informations ou pour vous inscrire.

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Série d’ateliers en ligne sur la philosophie antique

La philosophie antique : accessible à tous

Aristote et la philosophie antique
Aristote, par Raphaël
(détail de la fresque
“L’école d’Athènes”)

La philosophie vous intéresse, mais vous ne savez pas par où commencer ? Les textes que vous avez tenté de lire vous semblent trop chargés en références qui vous les rendent inaccessibles ? La philosophie antique présente, le plus souvent, l’avantage d’être directement compréhensible par les non-spécialistes. Cela est possible parce qu’elle aborde des questions générales, que l’on pourrait qualifier d’intemporelles.

La vie, le bonheur, la justice, la morale, la vérité : autant de thèmes qui ont traversé les siècles et sur lesquels les philosophes antiques apportent un éclairage enrichissant, toujours d’actualité.

Des webconférences pour échanger et comprendre

Je vous propose donc une série de webconférences qui seront autant de moments d’échange autour de textes de philosophes de référence de l’antiquité grecque et latine. À chaque fois, je vous présenterai les enjeux principaux d’un texte, ainsi que son contexte. Nous entamerons alors une discussion générale, en groupe de 3 à 10 personnes.

La sélection de textes et d’auteurs est basée sur le manuel de Gérard Chomienne, Lire les philosophes (Hachette Education, 2004). La plupart des textes sont disponibles librement, mais je vous recommande ce livre pour les retrouver tous dans de bonnes traductions et un format pratique.

Le programme avril-juillet 2020

Ces conférences auront lieu en ligne, un mardi sur deux, de 19h à 20h30. J’ai choisi de suivre un ordre chronologique, pour faciliter la compréhension des références que peuvent faire les auteurs à leurs prédécesseurs. Au programme de ce premier cycle (les dates et thématiques pourront évoluer en fonction de l’avancée des séances précédentes et des demandes particulières, et en cas d’événements imprévus) :

Nous poursuivrons ce parcours à partir de septembre en commençant par deux autres stoïciens, Épictète et Marc Aurèle. Voir la page dédiée.

Le séances sont indépendantes les unes des autres. Vous pouvez donc vous inscrire même si vous n’avez pas participé aux précédentes.

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